Institution

Fin de six semaines d’occupation de l'ULiège

Mise à jour - Le vendredi 21 juin, les "étudiants pour la Palestine à l'ULiège" ont annoncé dans un communiqué de presse la fin de l’occupation des locaux de l’Université de Liège.


Depuis le 7 octobre 2023, nous avons exprimé à plusieurs reprises notre position quant à l’évolution tragique du conflit israélo-palestinien, réclamant un cessez-le-feu immédiat et condamnant sans réserve tant le massacre commis contre des civils israéliens par le Hamas que la riposte militaire intentionnellement disproportionnée ordonnée par le gouvernement de Netanyahou, qui a fait à ce jour plus de 37 000 morts à Gaza. Nous avons aussi reconnu notre responsabilité éthique en tant qu’institution de recherche. Le 18 décembre 2023, nous nous sommes engagés aux côtés des autres universités de la FWB à travers deux motions interuniversitaires du Conseil des rectrices et recteurs (CRef) à suspendre les collaborations institutionnelles avec les organisations, quelle que soit leur origine, qui soutiennent de manière répétée ou sont directement impliquées dans les violations du droit international et des droits humains. Un courrier du CRef a été envoyé, demandant à la Commission européenne de prendre position sur les partenariats multilatéraux (type Horizon Europe) impliquant des organisations universitaires ou industrielles israéliennes.

 À la suite de ces motions, un screening des collaborations a été initié au sein de l’institution.

  • L’Uliège a ainsi confirmé n’avoir aucun partenariat bilatéral avec des universités israéliennes et s’est engagée à n’en conclure aucun, tant que des violations manifestes du droit international et/ou humanitaire seront constatées ;
  • L’ULiège a aussi confirmé son engagement à suspendre toute coopération directe avec des partenaires qui contribueraient directement aux actes de guerre d’Israël contre la population gazaouie, ou qui soutiendraient ouvertement l’action militaire du gouvernement Netanyahou, ou encore qui ne respecteraient pas les droits humains protégés par le droit international .

Le mouvement international appelant au boycott des universités israéliennes, porté par de nombreux étudiant·es, chercheurs·euses et enseignant·es depuis l’automne et relayé par l’occupation des « étudiants pour la Palestine » du bâtiment central depuis le 10 mai, nous a incités à avancer plus vite et avec plus de transparence. Ainsi le groupe en charge du screening a-t-il été étendu à d’autres expertises, et officiellement constitué en organe permanent appelé « Commission de guidance et de vigilance des relations internationales à risque », par le C.A. de l’ULiège du 5 juin 2024. Trois étudiants participent actuellement à ses travaux au titre d’invités.

Répondant à une des suggestions du mouvement des étudiants, il a été proposé l’ouverture d’un conseil participatif à l’ensemble de la communauté pour réfléchir, dans une perspective résolument pluraliste et inclusive, aux responsabilités citoyennes et éthiques du monde universitaire vis-à-vis de la situation en Palestine et en Israël en vue de renforcer les actions concrètes dans le cadre de l’Université hospitalière.

Cette double proposition a été annoncée dans un message adressé à la communauté le 30 mai. Depuis, les travaux de ces commissions ont avancé.

Concernant la Commission de guidance et de vigilance des relations internationales à risque :

  • La commission a pris connaissance des enquêtes réalisées par les étudiants concernant les collaborations internationales de l’ULiège et a examiné en priorité les projets et partenariats en relation avec Israël.
  • En date du 6 juin, la commission a formalisé un premier outil d’analyse distinguant une approche en termes juridiques, c’est-à-dire de droit international et humanitaire (pour les projets), de l’analyse en termes éthiques (pour les partenariats).
  • Un message a été adressé à la Fondation Léon Fredericq pour suspendre les donations en provenance de la WIZO (Women International Zionist Organisation), en raison de posts Facebook (janvier et avril 2024) soutenant ouvertement l’action militaire du gouvernement Netanyahou et incompatibles avec les engagements mentionnés par l’ULiège.
  • La nature des collaborations du CSL avec la société OIP (d’actionnariat majoritairement israélien et dont certaines activités sont tournées vers les applications militaires) a été examinée. Décision a été prise d’écrire à Belspo et à OIP pour connaître les moyens préventifs mis en œuvre contre le transfert de données et de technologies vers le secteur militaire.
  • La commission propose de suspendre, à titre conservatoire et jusqu’à la fin d’un examen approfondi, l’ensemble des projets impliquant une collaboration avec la société PB Clermont et Mecar qui sont en cours d’élaboration dans notre Université suite à un appel à projets de la Défense.
  • La commission examinera prochainement les recommandations formulées par les commissions équivalentes des autres universités belges, comme l’UGent concernant les partenariats multilatéraux de type COST et Horizon Europe. Elle évaluera la pertinence et la faisabilité d’une mesure de retrait de tout ou partie de ses partenariats, présents ou futurs, en fonction de la réponse aux courriers envoyés par le CRef et le VLIR à la Commission européenne (voir ci-dessus).

Concernant le Conseil éthique participatif :

La première séance du Conseil a eu lieu le 14 juin. Cinquante-deux personnes y ont participé. Des modalités de fonctionnement ont été définies ainsi que les balises éthiques pour les propositions à élaborer : respect de la liberté académique, pluralisme, perspective démocratique. La première action proposée par le Conseil éthique participatif est l’activation du dispositif « ULiège université hospitalière » pour l’accueil d’enseignant·es, de chercheurs.euses, d’étudiant.es  gazaoui·es ou issu·es d’autres régions touchées par le conflit en situation de détresse professionnelle et personnelle. Le Conseil éthique participatif dispose désormais d’une page actuellement en construction sur le portail my.gouvernance de l’Université ; elle permettra à tous les membres de la communauté universitaire d’y trouver les PV et OJ du Conseil et toute la documentation susceptible de nourrir sa réflexion et ses propositions, comme par exemple les dossiers d’enquête réalisés par les étudiants à propos de nos collaborations internationales. https://my.gouvernance.uliege.be/conseil-ethique-participatif.

Nous avons toléré l’occupation du bâtiment central, bien qu’elle ne corresponde pas aux modalités de libre expression et de débat dont l’université doit rester garante, car nous avons souhaité modérer les risques de polarisations dans le contexte de tension extrême créé par le conflit. Nous sommes bien conscients des conséquences de ce choix pour les membres de notre communauté et nous les remercions pour leur réserve et leur résilience. D’importants moyens humains y compris provenant du mouvement lui-même ont été mobilisés pour assurer le respect de la convention d’occupation et la sécurité des lieux ; d’autres encore devront l’être pour réparer les dégradations et les infractions constatées. La gestion négociée de l’occupation sans manifestation de violence telle qu’on a pu le voir dans d’autres universités, nous la devons à l’écoute et à l’apprentissage mutuel que nous avons mis en place avec le mouvement étudiant·es. 

Le travail n’est pas terminé, et nous nous engageons à le poursuivre. Aujourd’hui, nous ne voyons plus de justification au campement. Nous espérons que les perspectives tracées représentent, pour les chercheurs·euses, l’opportunité d’accroître dans tous les domaines la réflexivité éthique encouragée par les programmes de recherche européens et, pour les étudiant·es qui ont porté l’occupation, la possibilité d’engager leur mouvement dans de nouvelles directions.

Anne-Sophie Nyssen
Rectrice

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